CO129-214 - Public Offices & Others - 1883 — Page 248

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ce côté; les Annamites refusaient, en effet, de suspendre la construction d'un barrage qu'ils avaient commencé.

Ces faits se sont accomplis assurément sans la participation du Gouvernement métropolitain; ils ont été le résultat inévitable de la situation, ils ont été en quelque sorte plus forts que les hommes. Le commandant Rivière a eu une heureuse initiative en empêchant de couper les communications que, par une branche importante du fleuve, il avait avec la mer; mais ce coup de force, venant après celui d'Hanoi, crée une situation qui ne peut se prolonger. C'est pour la résoudre que le Gouvernement a déposé le projet de loi, qui vous est actuellement soumis.

Tel est, Messieurs, l'état actuel de la question brièvement esquissé.

II.

Exposé historique.

Dans cette affaire comme dans toutes les autres, il y a des droits et des devoirs, qu'il est nécessaire de bien définir, pour en connaître l'importance et l'étendue. Lorsque les uns et les autres seront bien déterminés, lorsque nous nous serons rendu compte des moyens par lesquels nous devons arriver, le plus rapidement et dans les meilleurs conditions, à faire valoir les uns et à faire face aux autres, il sera facile d'apprécier le projet du Gouvernement. C'est à cette étude que s'est livrée votre commission.

Il serait sans grand intérêt de rechercher l'origine des relations qui ont existé au siècle dernier entre la France et le Tonkin ou l'Annam. Il suffira de rappeler que dès cette époque notre pays joua en Indo-Chine un rôle très actif. De riches Chinois, les Tay-Soon, avaient levé contre le roi Gia-Long l'étendard de la révolte. Réfugié dans l'île de Phu-Quoc, qui seule lui resta fidèle, le roi détrôné fut soutenu par les conseils d'un évêque français, M. de Behaine, plus connu sous le nom d'évêque d'Adran. Le roi de France, Louis XVI, envoya, à la demande du prélat, un corps de troupe, qui fut retenu en grande partie par le gouverneur de l'Inde; mais le colonel du génie Ollivier et d'autres officiers, entre autres MM. Chaigneau et Vannier arrivèrent auprès de Gia-Long; grâce à eux, à l'instruction et à la discipline qu'ils surent introduire dans l'armée, grâce à leur supériorité sur les chefs rebelles, Gia-Long reconquit rapidement ses États et put même imposer sa suzeraineté au roi du Tonkin, dont les rois d'Annam avaient au contraire été jusque-là les vassaux. Un traité lia alors l'Annam à la France, mais les événements de la Révolution le firent perdre de vue, il resta toujours lettre morte; un établissement, fondé dans les environs de Nam-Dinh, fut même abandonné et il ne resta du souvenir de la France que l'image de son organisation administrative et de sa hiérarchie militaire, qui se sont maintenues jusqu'à aujourd'hui. On retrouve en effet dans ces pays la commune vigoureusement organisée, au-dessus d'elle le canton et la province, avec des fonctionnaires pour l'administration, la justice, les finances, etc., comme on retrouve dans l'armée le caporal et le sergent (le caï et le doi) et ainsi de suite jusqu'au lam-binh qui équivaut à notre général.

Vers 1859 les chrétiens du Tonkin demandèrent secours à la France et à l'Espagne contre les persécutions dont ils étaient victimes de la part du roi d'Annam. C'est une chose fort curieuse assurément que ces persécutions religieuses, car dans tous ces pays on professe et on pratique, en toute sincérité du reste, l'indifférence la plus réelle et la plus profonde en matière religieuse. Le Boudhisme n'existe guère que de nom et le seul culte est à vrai dire celui des ancêtres. Aussi les persécutions contre les missionnaires étaient dirigées contre eux bien plus parce qu'ils étaient Européens que parce qu'ils étaient chrétiens.

Cette époque coïncidait avec la guerre de Chine, aussi fîmes-nous sans grands sacrifices, et de concert avec les Espagnols...

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No 1889
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ce côté; les Annamites refusaient, en effet, de suspendre la construction d'un barrage qu'ils avaient commencé. Ces faits se sont accomplis assurément sans la participation du Gouvernement métropolitain; ils ont été le résultat inévitable de la situation, ils ont été en quelque sorte plus forts que les hommes. Le commandant Rivière a eu une heureuse initiative en empêchant de couper les communications que, par une branche importante du fleuve, il avait avec la mer; mais ce coup de force, venant après celui d'Hanoi, crée une situation qui ne peut se prolonger. C'est pour la résoudre que le Gouvernement a déposé le projet de loi, qui vous est actuellement soumis. Tel est, Messieurs, l'état actuel de la question brièvement esquissé. II. Exposé historique. Dans cette affaire comme dans toutes les autres, il y a des droits et des devoirs, qu'il est nécessaire de bien définir, pour en connaître l'importance et l'étendue. Lorsque les uns et les autres seront bien déterminés, lorsque nous nous serons rendu compte des moyens par lesquels nous devons arriver, le plus rapidement et dans les meilleurs conditions, à faire valoir les uns et à faire face aux autres, il sera facile d'apprécier le projet du Gouvernement. C'est à cette étude que s'est livrée votre commission. Il serait sans grand intérêt de rechercher l'origine des relations qui ont existé au siècle dernier entre la France et le Tonkin ou l'Annam. Il suffira de rappeler que dès cette époque notre pays joua en Indo-Chine un rôle très actif. De riches Chinois, les Tay-Soon, avaient levé contre le roi Gia-Long l'étendard de la révolte. Réfugié dans l'île de Phu-Quoc, qui seule lui resta fidèle, le roi détrôné fut soutenu par les conseils d'un évêque français, M. de Behaine, plus connu sous le nom d'évêque d'Adran. Le roi de France, Louis XVI, envoya, à la demande du prélat, un corps de troupe, qui fut retenu en grande partie par le gouverneur de l'Inde; mais le colonel du génie Ollivier et d'autres officiers, entre autres MM. Chaigneau et Vannier arrivèrent auprès de Gia-Long; grâce à eux, à l'instruction et à la discipline qu'ils surent introduire dans l'armée, grâce à leur supériorité sur les chefs rebelles, Gia-Long reconquit rapidement ses États et put même imposer sa suzeraineté au roi du Tonkin, dont les rois d'Annam avaient au contraire été jusque-là les vassaux. Un traité lia alors l'Annam à la France, mais les événements de la Révolution le firent perdre de vue, il resta toujours lettre morte; un établissement, fondé dans les environs de Nam-Dinh, fut même abandonné et il ne resta du souvenir de la France que l'image de son organisation administrative et de sa hiérarchie militaire, qui se sont maintenues jusqu'à aujourd'hui. On retrouve en effet dans ces pays la commune vigoureusement organisée, au-dessus d'elle le canton et la province, avec des fonctionnaires pour l'administration, la justice, les finances, etc., comme on retrouve dans l'armée le caporal et le sergent (le caï et le doi) et ainsi de suite jusqu'au lam-binh qui équivaut à notre général. Vers 1859 les chrétiens du Tonkin demandèrent secours à la France et à l'Espagne contre les persécutions dont ils étaient victimes de la part du roi d'Annam. C'est une chose fort curieuse assurément que ces persécutions religieuses, car dans tous ces pays on professe et on pratique, en toute sincérité du reste, l'indifférence la plus réelle et la plus profonde en matière religieuse. Le Boudhisme n'existe guère que de nom et le seul culte est à vrai dire celui des ancêtres. Aussi les persécutions contre les missionnaires étaient dirigées contre eux bien plus parce qu'ils étaient Européens que parce qu'ils étaient chrétiens. Cette époque coïncidait avec la guerre de Chine, aussi fîmes-nous sans grands sacrifices, et de concert avec les Espagnols... -7No 1889214
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ce côté; les Annamites refusaient, en effet, de suspendre la construction d'un barrage qu'ils avaient commencé. Ces faits se sont accomplis assurément sans la participa- tion du Gouvernement métropolitain; ils ont été le résultat inévitable de la situation, ils ont été en quelque sorte plus forts que les hommes. Le commandant Rivière a eu une heureuse initiative en empêchant de couper les communications que, par une branche importante du fleuve, il avait avec la mer; mais ce coup de force, venant après celui d'Hanoi, crée une situation qui ne peut se prolonger. C'est pour la résoudre que le Gouvernement a déposé le projet de loi, qui vous est actuellement soumis. Tel est, Messieurs, l'état actuel de la question brièvement esquissé. II. Exposé historique. Dans cette affaire comme dans toutes les autres, il Y des droits et des devoirs, qu'il est nécessaire de bien définir, pour en connaître l'importance et l'étendue. Lorsque les uns et les autres seront bien déterminés, lorsque nous nous se- rons rendu compte des moyens par lesquels nous devons arriver, le plus rapidement et dans les meilleurs conditions, à faire valoir les uns et à faire face aux autres, il sera facile d'apprécier le projet du Gouvernement. C'est à cette étude que s'est livrée votre commission. Il serait sans grand intérêt de rechercher l'origine des relations qui ont existé au siècle dernier entre la France et le Tonkin ou l'Annam. Il suffira de rappeler que dès cette époque notre pays joua en Indo-Chine un rôle très actif. De riches Chinois, les Tay-Soon, avaient levé contre le roi Gia- Long l'étendard de la révolte. Réfugié dans l'île de Phu- Quoc, qui seule lui resta fidèle, le roi détrôné tut soutenu par -7 No 1889 les conseils d'un évêque français, M. de Behaine, plus connu sous le nom d'évêque d'Adran. Le roi de France, Louis XVI, envoya, à la demande du prélat, un corps de troupe, qui fut retenu en grande partie par le gouverneur de l'Inde; mais le colonel du génie Ollivier et d'autres officiers, entre autres MM. Chaigneau et Vannier arrivèrent auprès de Gia-Long; grâce à eux, à l'instruction et à la discipline qu'ils surent introduire dans l'armée, grâce à leur supériorité sur les chefs rebelles, Gia-Long reconquit rapidement ses États et put même imposer sa suzeraineté au roi du Tonkin, dont les rois d'Annam avaient au contraire été jusque-là les vassaux. Un traité lia alors l'Annam à la France, mais les événements de la Révolution le firent perdre de vue, il resta toujours lettre morte; un établissement, fondé dans les environs de Nam-Dinh, fut même abandonné et il ne resta du souvenir de la France que l'image de son organisation administrative et de sa hiérarchie militaire, qui se sont maintenues jusqu'à aujourd'hui. On retrouve en effet dans ces pays la com- mune vigoureusement organisée, au-dessus d'elle le canton et la province, avec des fonctionnaires pour l'administration, la justice, les finances, etc., comme on retrouve dans l'ar- mée le caporal et le sergent (le caï et le doi) et ainsi de suite jusqu'au lam-binh qui équivaut à notre général. Vers 1859 les chrétiens du Tonkin demandèrent secours à la France et à l'Espagne contre les persécutions dont ils étaient victimes de la part du roi d'Annam. C'est une chose fort curieuse assurément que ces persécutions religieuses, car dans tous ces pays on professe et on pratique, en toute sincé- rité du reste, l'indifférence la plus réelle et la plus profonde en matière religieuse. Le Boudhisme n'existe guère que de nom et le seul culte est à vrai dire celui des ancêtres. Aussi les persécutions contre les missionnaires étaient dirigées contre eux bien plus parce qu'ils étaient Européens que parce qu'ils étaient chrétiens. Cette époque coïncidait avec la guerre de Chine, aussi fimes-nous sans grands sacrifices, et de concert avec les Espa- 214
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ce côté; les Annamites refusaient, en effet, de suspendre la construction d'un barrage qu'ils avaient commencé.

Ces faits se sont accomplis assurément sans la participa- tion du Gouvernement métropolitain; ils ont été le résultat inévitable de la situation, ils ont été en quelque sorte plus forts que les hommes. Le commandant Rivière a eu une heureuse initiative en empêchant de couper les communications que, par une branche importante du fleuve, il avait avec la mer; mais ce coup de force, venant après celui d'Hanoi, crée une situation qui ne peut se prolonger. C'est pour la résoudre que le Gouvernement a déposé le projet de loi, qui vous est actuellement soumis.

Tel est, Messieurs, l'état actuel de la question brièvement esquissé.

II.

Exposé historique.

Dans cette affaire comme dans toutes les autres, il

Y des droits et des devoirs, qu'il est nécessaire de bien définir, pour en connaître l'importance et l'étendue. Lorsque les uns et les autres seront bien déterminés, lorsque nous nous se- rons rendu compte des moyens par lesquels nous devons arriver, le plus rapidement et dans les meilleurs conditions, à faire valoir les uns et à faire face aux autres, il sera facile d'apprécier le projet du Gouvernement. C'est à cette étude que s'est livrée votre commission.

Il serait sans grand intérêt de rechercher l'origine des relations qui ont existé au siècle dernier entre la France et le Tonkin ou l'Annam. Il suffira de rappeler que dès cette époque notre pays joua en Indo-Chine un rôle très actif. De riches Chinois, les Tay-Soon, avaient levé contre le roi Gia- Long l'étendard de la révolte. Réfugié dans l'île de Phu- Quoc, qui seule lui resta fidèle, le roi détrôné tut soutenu par

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les conseils d'un évêque français, M. de Behaine, plus connu sous le nom d'évêque d'Adran. Le roi de France, Louis XVI, envoya, à la demande du prélat, un corps de troupe, qui fut retenu en grande partie par le gouverneur de l'Inde; mais le colonel du génie Ollivier et d'autres officiers, entre autres MM. Chaigneau et Vannier arrivèrent auprès de Gia-Long; grâce à eux, à l'instruction et à la discipline qu'ils surent introduire dans l'armée, grâce à leur supériorité sur les chefs rebelles, Gia-Long reconquit rapidement ses États et put même imposer sa suzeraineté au roi du Tonkin, dont les rois d'Annam avaient au contraire été jusque-là les vassaux. Un traité lia alors l'Annam à la France, mais les événements de la Révolution le firent perdre de vue, il resta toujours lettre morte; un établissement, fondé dans les environs de Nam-Dinh, fut même abandonné et il ne resta du souvenir de la France que l'image de son organisation administrative et de sa hiérarchie militaire, qui se sont maintenues jusqu'à aujourd'hui. On retrouve en effet dans ces pays la com- mune vigoureusement organisée, au-dessus d'elle le canton et la province, avec des fonctionnaires pour l'administration, la justice, les finances, etc., comme on retrouve dans l'ar- mée le caporal et le sergent (le caï et le doi) et ainsi de suite jusqu'au lam-binh qui équivaut à notre général.

Vers 1859 les chrétiens du Tonkin demandèrent secours à la France et à l'Espagne contre les persécutions dont ils étaient victimes de la part du roi d'Annam. C'est une chose fort curieuse assurément que ces persécutions religieuses, car dans tous ces pays on professe et on pratique, en toute sincé- rité du reste, l'indifférence la plus réelle et la plus profonde en matière religieuse. Le Boudhisme n'existe guère que de nom et le seul culte est à vrai dire celui des ancêtres. Aussi les persécutions contre les missionnaires étaient dirigées contre eux bien plus parce qu'ils étaient Européens que parce qu'ils étaient chrétiens.

Cette époque coïncidait avec la guerre de Chine, aussi fimes-nous sans grands sacrifices, et de concert avec les Espa-

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